le devenir des familles protestantes montalbanaises à la Révocation de l'Edit de Nantes

 

Conférence présentée le 24 octobre 2012 par le Docteur Philippe Bécade.

 

Cette conférence, à la suite d’une erreur d’acheminement,  a été transcrite dans le bulletin de la SMERP n°19 sous forme d’un brouillon avant la correction définitive. Vous trouverez ci-après la formule vérifiée et complète qui paraîtra en rectficatif dans le prochain bulletin n°20.

 

 

     L'Edit de Nantes vient de clôturer le sanglant chapitre des guerres de religion. Il fait suite à l'Edit d' Amboise qui a accordé la liberté de conscience et la liberté de culte ainsi que quatre places fortes aux protestants (la Rochelle, Montauban,Cognac et la Charité sur Loire)

Signé en avril 1598, l'Edit de Nantes garantit la liberté de conscience partout dans le royaume et accorde la liberté de culte dans les lieux où le protestantisme était installé avant 1597.

Toutefois dans certaines villes le culte protestant est interdit (Paris, Rouen, Dijon, Toulouse, Lyon…). Inversement le culte catholique n'est pas autorisé dans quelques villes dont Montauban. Les réformés retrouvent leurs droits civils. Cinquante et une places de sûreté leur sont accordées .

Mais trente et un ans plus tard, la partie militaire de l'Edit de Nantes, à savoir la possibilité de conserver des places fortes est révoquée par l'édit de grâce d'Alès le 28 juin 1629.

  

Le 28 octobre 1685 la marquise de Sévigné dans une de ses célèbres lettres écrit : « Vous aurez vu sans doute l'édit par lequel le roi révoque celui de Nantes. Rien n'est si beau que tout ce qu'il contient, et jamais aucun roi n'a fait et ne fera rien de plus mémorable. » La marquise ne fait là qu'exprimer l'opinion de l'immense majorité du royaume, c'est-à-dire plus de 90 % de la population. Ce n'était pas une surprise. Dès 1670 le roi écrit en effet : « réduire peu à peu les huguenots de mon royaume en commençant par renfermer l'exécution de l'édit de Nantes dans les plus étroites bornes ».

Certaines abjurèrent, d'autres s'exilèrent, la plupart pensant qu'il ne s'agissait là que de mauvais moments  à passer. Ils se trompaient. De Richelieu à Colbert en passant par Mazarin l'état monarchique s'était fortement centralisé. Le clergé catholique s'était restructuré, amélioré dans sa qualité et  son organisation. Et comment le roi aurait-il pu continuer à accepter que certains de ses sujets pratiquent  une religion différente de la sienne ? C'était là ce que pensaient beaucoup de ses sujets.

 

À Montauban, à la fin du XVIe siècle, 95 % des 12 000 habitants sont protestants. Il est exclu de pratiquer la religion catholique. Mais à partir de la paix d'Alès on note un recul assez rapide : les protestants ont perdu le contrôle du collège, partagé dans un premier temps avec les jésuites. Il n'y a plus de garnison protestante, les remparts sont rasés et à la Révocation on estime que les protestants ne représentent plus que la moitié de la population montalbanaise. À la révocation celle-ci se partage en deux branches principales : ceux qui, pour continuer à vivre dans leur milieu habituel abjurèrent leur religion et signèrent leur réunion au catholicisme — on les appellera les nouveaux catholiques ou nouveaux convertis ou encore nouveaux réunis — et ceux qui partiront malgré l'interdiction royale et qu'on dénommera les religionnaires fugitifs.

Il n'existe pas de découpage territorial officiel du pays montalbanais : certes la ville de Montauban est à la tête d'une Généralité mais au sud les environs presque immédiats sont sous la dépendance de l'intendant de Montpellier. Sur le plan religieux ces localités appartiennent toutefois au diocèse de Montauban. Mais à une dizaine de kilomètres au nord les paroisses d' Albias, de Réalville, de Nègrepelisse ou de Caussade appartiennent au diocèse de Cahors.

  

Les événements de 1685 à Montauban[nbsp]

La Révocation ne survint pas, loin s'en faut, comme un coup de tonnerre dans un ciel serein. Dès le début de cette année le culte protestant est interdit à Montauban, le temple démoli. Un seul pasteur est toléré dans le but d'assurer l’état civil protestant en célébrant les baptêmes, mariages et enterrements dans des limites très strictes. les religionnaires sont exclus de certaines charges, professions libérales ou corporations. Toutefois  il n'y avait encore que fort peu de convertis : les ralliements les plus connus sont ceux de membres de la noblesse qui ne résidaient plus au pays comme les Turenne, comtes de Nègrepelisse, ou ceux de personnalités que leur charge avait éloignés de la région comme Samuel Daliès de la Tour.

Au mois d'août les événements se précipitent et deux sources officielles (lettres de Mr. de la Berchère, intendant de Montauban, et la relation de la conversion des habitants de la ville, consultable aux archives et qui appartient à la collection Forestié) permettent de les connaître avec précision : la nouvelle court la ville que le bataillon de Bovincourt qui vient de sévir en Béarn se dirige sur Montauban. Un récit terrifiant se colporte de bouche à oreille dans les familles protestantes : celui des dragonnades du Béarn et du Poitou. La bourgeoisie montalbanaise est éminemment inquiète. On commence à parler de conversion pour sauver ses biens du pillage et certains se rendent discrètement chez l'évêque.

Les protestants tentent d'établir un contre-feu. Ainsi, début août, arrive Étienne Cambolive, docteur et avocat au Parlement de Toulouse et lui-même condamné par ce parlement au bannissement. Il parcourt le sud dans la clandestinité réunissant de petites assemblées dans la plus grande discrétion pour affermir ses coreligionnaires. Selon son propre témoignage, il se rend à Montauban dès que les dragons y sont annoncés et loge dans le quartier de Villenouvelle. Il est reçu chez M. le marquis de Reyniès et au château de Montbeton chez M. de Caumont. Curieusement parmi les personnes « bien intentionnées » selon l'expression de l'intendant de Montauban on retrouve ce même marquis de Reyniès ainsi que le baron de Villemade. Le 18 du mois, le marquis de Boufflers arrive dans la ville avec ordre de loger les troupes chez les religionnaires. Des gardes sont placés aux portes de la ville pour empêcher les habitants d'emporter leurs biens les plus précieux et en particulier meubles et denrées .

 

Une assemblée de 180 personnes se réunit. Des divergences apparaissent mais très vite le marquis de Reyniès et le baron de Villemade font voir leur erreur à ceux qui voulaient soit résister soit négocier. Les représentants de ce groupe  vont chez l'intendant pour lui rendre compte de la délibération. Ce dernier les conduit à l'évêché ; l'évêque les amène à la chapelle où ils font leur abjuration (le procès-verbal des délibérations consulaires porte 127 noms).

  

Les suites de la journée du 24 août 1687

Les conséquences de cette importante décision ne se font pas attendre. D'après l'intendant, le reste du jour, le lendemain et les jours suivants, un grand nombre de" bons bourgeois" viennent et le « peuple suivit en grand nombre ». La relation de la conversion indique que pendant les cinq ou six jours qui suivirent, on reçut à l'évêché plus de 12 000 abjurations. Le Prévôt Le Bret  écrit que 14 300 personnes abjurèrent en moins de douze jours. Le 29 août l'intendant de la Berchère écrit « il ne reste qu'un petit nombre à convertir à Montauban dont seulement dix familles qui soient considérables ». Il déplore toutefois que les femmes ne soient pas venues en aussi grand nombre que les hommes.

Immédiatement le régiment de la Fère est obligé de décamper. Il en est de même du régiment de Dampierre qui est renvoyé dans ses quartiers. Il est intéressant de constater que les contemporains protestants témoignent des mêmes faits « tout succombe à Montauban excepté vingt ou trente familles » écrit Gaultier de Blancard. L'historien protestant Elie Benoît raconte les mêmes événements en déplorant « avec quelle efficacité cette affaire fut réglée, une matinée a suffi à ces bons dévots pour renverser un ouvrage qui avait coûté à leurs pères tant de travaux. ». Ces événements mettent en évidence l'influence qu'eut l'attitude des notables sur l'ensemble des montalbanais, confirmant ainsi que dans cette région à majorité protestante la population formait un groupe uni et solidaire derrière ses chefs. L'intendant qui avait senti de quelle manière il fallait procéder pour convertir la ville se félicitait à chaque ralliement de personnages influents : « la conversion de Solignac, marchand riche de plus de 100 000 écus, a été fort remarquable et d'un grand exemple, aussi bien que celle du sieur Coulom, avocat riche aussi de 100 000 écus et celle du sieur Garrisson ancien secrétaire du roy,  très puissant et d'une très nombreuse famille ».D'ailleurs le « mérite » des notables les plus hardis fut reconnu puisque dans son rapport l'intendant propose de donner « quelques récompenses » au marquis de Reyniès et au baron de Villemade.

Le retentissement de ces conversions massives fut considérable. Le duc d'Estrée écrit de Rome à la Cour : « nous avons eu la semaine passée la nouvelle de la conversion de la ville de Montauban dont nous avons fait connaître la grandeur l'attachement et l'opiniâtreté en tous temps à la Religion Prétendue Réformée qu'on regarde comme une espèce de miracle ». Pour sa part Louvois annonce 20 000 conversions à Montauban. Le marquis de Danjeau écrit le 2 septembre dans son « journal de la cour de Louis XIV » : « le soir on apprend que tous les huguenots de la ville de Montauban se sont convertis ». Avec de telles nouvelles, Louis XIV qui était au faîte de sa gloire et, de surcroît, en période de paix, pouvait concevoir la réalisation de son grand dessein d'unité religieuse.

L'Edit de Fontainebleau, révoquant celui de Nantes, est signé au conseil le 18 octobre 1685. Son préambule le présente comme la conséquence des événements tels que ceux de Montauban qui s'étaient produits dans toutes les principales villes protestantes.

Rapidement les églises de Montauban ne suffisent plus pour contenir tous les nouveaux convertis. Dans un rapport du  29 août  l'intendant  rappelle le projet de construction d'une église cathédrale. Le 22 juin 1686 il envoie un état des dépenses à prévoir pour l'agrandissement de l'église de Villenouvelle, la construction d'une nouvelle église à Villebourbon ainsi qu'à Sapiac. Il demande également l'agrandissement des églises environnantes. Le collège des jésuites, ayant vu pour sa part ses effectifs croître de 700 à 800 élèves nouveaux convertis, dut être agrandi.

 

Les récalcitrants

Le marquis de Boufflers fait appeler chez lui les membres de la noblesse qui sont retirés sur leurs terres : les barons de Meauzac, de Montbeton, de la Mothe et de Verlhac. À chaque entrevue, l'intendant et l'évêque les pressent par tous les moyens. Le baron de Meauzac, poussé à bout par les soldats, et le baron de la Mothe, emprisonné car il a refusé de venir, cèdent et abjurent. Mais les autres résisteront plusieurs mois dans la maison pleine de soldats. Toutefois ces cas de résistance extrême sont une exception. En 1687, l'intendant envoie à Paris l'état de ceux qui n'ont pas encore fait abjuration. Il n'y inscrit de nom pour le montalbanais « la Boissonade et la Sellerie, ils sont tous emprisonné à Cahors ».

 

Il est clair que le caractère massif de ces conversions montre son peu de sincérité et la confession que fait  dans un testament moral le montalbanais Pierre Garrisson donne une idée de l'état d'esprit secret des nouveaux convertis.

 

L'émigration

 Le départ des huguenots français à l'étranger a été constaté depuis plusieurs décennies. Leur position religieuse minoritaire, leurs activités économiques avaient entraîné le développement de leurs liens avec les pays protestants. Cependant, les circonstances de la Révocation provoquèrent des mouvements de départ d'une ampleur telle que ces protestants français formeront à l'étranger un corps particulier appelé "le Refuge". En témoigne  l’édit de 1669 qui fait défense aux sujets de Sa Majesté de se retirer hors du royaume sans permission. À Montauban, avant les abjurations générales, les départs avaient été peu nombreux et un état des fugitifs daté du 15 août 1685 ne nous donne que quatorze noms. Si on se réfère aux listes officielles concernant l'émigration montalbanaise, de la Révocation à la fin du XVIIIe siècle on ne totalise que cent cinquante trois personnes. En réalité ce chiffre est très inférieur à la réalité car ne sont mentionnées sur ces listes que les personnes dont les biens furent confisqués, alors par exemple que de 1690 à 1698 la confiscation fut suspendue tandis que l'émigration se poursuivait. Manquent également sur les listes les personnes qui n'ont pas de biens personnels et par exemple les fils dont les biens restent la propriété du père. Enfin dans chaque cas donné n'est signalé généralement que le nom du chef de famille. L'étude de dénombrement très sérieuse réalisée par Henri de France démontre l'ampleur de l'émigration montalbanaise en s'appuyant notamment sur les documents étrangers. Toutefois certaines de ces sources s'avèrent confuses et le chiffre de 1000 noms de réfugiés donné par cet auteur surestime probablement la réalité.

Par ailleurs, une idée communément partagée, veut que les gens riches soient partis en plus grand nombre parce qu'ils avaient les moyens de s'organiser. En réalité les proportions coïncident en gros avec la répartition des protestants dans les diverses classes de la société montalbanaise. Les exemples de familles entières ayant quitté le pays sont assez rares et sur huit réfugiés dont les lettres sont accessibles, cinq sont des jeunes gens célibataires. Il s'agit de Jean Lacaux, Étienne Garrisson, Alexandre Savoy, ainsi que deux frères : Jean et Jean-Baptiste Bosquet. Isaac Bosquet partira avec son épouse et François de Viçouse (ou Viçose), baron de Genebrières, partira également seul et décédera à Amsterdam en 1730.

 À cela deux raisons majeures : la première c'est l'aptitude physique et l'enthousiasme religieux des jeunes qui les rendaient capables d'affronter un long voyage, la seconde est une raison sociale: à savoir la sauvegarde des biens familiaux. On peut aussi ajouter qu'ils sont naturellement les plus aptes à partir pour se rendre compte des possibilités de vie au Refuge, quitte à appeler ensuite leur famille. De toute manière, tous espéraient ce séjour à l'étranger ne durerait pas. Il faut également souligner que l'émigration ne fut pas une vague déferlant sur les pays étrangers pendant 2 ou 3 ans en réaction immédiate et brusque. Au contraire elle est comparable à un fleuve qui pendant de longues années ne cessa de couler. À titre d'exemple on peut citer Étienne Garrisson qui est encore en France en 1690 et qui écrit en juillet 1692 de Berlin sa première lettre à son père, alors qu'Isaac Bosquet a quitté le royaume immédiatement après la Révocation puisque ses biens furent saisis en 1686. Jean Lacaux écrit dans une lettre de 1716 qu'il a quitté son pays voici vingt huit ans. Les filles du baron de Caussade rejoindront leur père en 1689. En 1704, un réfugié hollandais écrit à sa soeur à Montauban pour lui annoncer que son fils vient d'arriver. Si tous ceux-là ne sont pas partis plus tôt c'est parce qu'il crurent que la situation ne durerait pas et que tôt ou tard il y aurait un rétablissement de la tolérance.

 Ils se trompaient.

Pour masquer leur départ certains gagnent leur propriété à la campagne alors que les bourgeois commerçants trouvent un prétexte à s'absenter pour leurs affaires. Ainsi Antoine Daliès, baron de Caussade, l'une des personnalités les plus notables du pays montalbanais se rend à Paris chez des connaissances pour préparer son émigration. Il est également facile aux travailleurs de changer de localité : ainsi les deux fils Aumoin partent en hiver travailler dans une verrerie du Languedoc afin de couvrir, le printemps venu, leur voyage vers la Suisse. Cela explique la déclaration du 4 janvier 1699 interdisant aux nouveaux convertis de changer de province.

 

Les conditions du voyage

Il semble que le départ par mer, en particulier de Bordeaux vers l'Angleterre ou la Hollande, soit apparu comme la meilleure solution. Le baron de Montbeton se rend à Bordeaux en 1686. C'est probablement par Bordeaux que part Pierre Garrisson père qui tombe malade alors qu'il est sur le point de débarquer en Angleterre et meurt peu de temps après à Cantorbéry. Alexandre Savoy raconte dans son journal comment il tente de partir par Bordeaux et change d'itinéraire en apprenant que son père le fait rechercher dans cette direction. Il se dirige alors vers Castres et, en compagnie d'un chantre de Villemade, de relais en relais, forme un groupe de fugitifs qui de Nîmes se rendent vers Antibes où ils embarqueront pour gagner Gênes.

D'autres préfèrent la voie terrestre et on retrouve plusieurs itinéraires. Toutefois la plupart gagnent la Suisse par le Dauphiné, voyage choisi probablement pour la relative facilité avec laquelle on trouvait des guides pour traverser le Haut-Languedoc protestant. D'autres encore partent par le Rouergue et un certain Marty, dit Baudaïre, fut accusé de servir de guide entre Bioule et Saint Antonin.

 

La répression

Quatre montalbanais : Mathieu Gautié, Bernard Raffine, Jean Bosc et Pierre Boyé sont arrêtés en Languedoc, transférés à la prison de Montauban et  libérés sous caution. Il en est de même pour Jean Barié, chirurgien de Negrepelisse arrêté en Quercy. On ne connaît pas la sentence. Les mémoires de Sourches relatent l'arrestation du marquis de Bougy en Franche-Comté près de la frontière suisse et son incarcération à la citadelle de Besançon. Il sera libéré après abjuration. Le baron de Meauzac  est emprisonné au château de Pierre Encise à Lyon mais il sera libéré quelque temps après par ordre du roi. Plus sérieux et le cas de deux montalbanais : Coustel, marchand quincaillier, et Artesi, chapelier. Arrêtés à Nîmes ils sont conduits aux galères. Les seules victimes bien connues de la répression sont les trois frères Serres et le baron de Montbeton. David Serres est condamné aux galères à vie et ses deux frères, Pierre et Jean, à dix ans.

Le baron de Montbeton est arrêté sur le bateau qui l'amenait en Angleterre, enfermé à Rochefort puis à La Réole. Le Parlement de Guyenne, le 5 février 1687, l'envoie aux galères à perpétuité. On lui fait traverser Bordeaux au milieu d'une chaîne de galériens à titre d'exemple. Arrivé à Marseille, il est affecté sur la galère « la Grande Réale » avec le numéro matricule 94 49. Mais le grand âge du baron et ses relations firent qu'après un séjour à l'hôpital du bagne il est libéré au mois d'août par brevet de grâce royal. Tout ceci montre que l'application des mesures de répression fut très diverse et globalement on peut affirmer le peu d'efficacité de la police royale.

Il faut également mentionner les personnes considérées comme irrécupérables et qui sont expulsées par ordre du roi : c'est le cas des pasteurs dont il n'était pas question d'attendre la conversion ; c'est aussi le cas des épouses qui manifestent sans cesse le désir d'aller rejoindre leur mari avec beaucoup d'opiniâtreté. Ainsi, l'épouse de François de Viçôse, après avoir été enfermée quelque temps au couvent Sainte-Claire, est expulsée par ordre du roi avec la permission « d'emporter quelques hardes ». Il en est de même pour Aldonce Rigail qui, après avoir été enfermé à la prison de la manufacture de Bordeaux pendant un an et demi, est embarqué pour la Hollande ainsi que pour Mlle de Lile qui est expulsée après un séjour à la Bastille et se réfugie à Londres.

Cette étude des conditions d'émigration vous permet de juger la situation des anciens protestants après la Révocation : la plupart des émigrés laissèrent à Montauban des personnes avec lesquelles ils gardaient des liens affectifs. Cela permet de comprendre il n'y ait pas de séparation profonde entre ceux qui partirent et ceux qui restèrent alors que des abjurations sincères et des départs groupés et massifs auraient probablement marqué une profonde rupture.

 

La correspondance 

Il est bien entendu impossible d'en évaluer l'étendue précise puisque sa connaissance dépend du caractère aléatoire de la conservation des papiers de famille. Les lettres ont été transmises par le service de la poste internationale placée sous l'autorité  de Louvois nommé en 1668 surintendant général des postes. Celui-ci donna une vive impulsion à ce service ce qui n'est pas tout à fait étonnant car jusqu'à sa mort en 1691 la perception des taxes étrangères lui sera dévolue. Ces lettres qui portent la marque du lieu d'origine étaient payées par le destinataire. Il faut également remarquer qu'elles émanent d'une certaine société : des nobles montalbanais en passant par la haute bourgeoisie  mais on n'en trouve aucune émanant des couches sociales plus modestes, ce qui est tout à fait naturel, la plupart des artisans et des ouvriers ne sachant pas écrire ; et pour ceux-la la rupture fut totale. Ces lettres contiennent tout naturellement des nouvelles des familles lors des mariages, des naissances et des décès. On y parle assez peu de religion ou alors simplement d'une façon très vague avec des formules non compromettantes: " que Dieu vous garde, que Dieu vous bénisse « . Le dénominateur commun à toutes ces lettres c'est la nostalgie : « quoique je ne me trouve guère souvent avec mes camarades, nous buvons parfois quelques bouteilles afin de n'en pas perdre tout à fait le goût ». Un peu plus loin le même écrit : « Montagner vous prie de ne pas tuer tous les perdreaux du Fau que  puissions en trouver quelqu'un quand Dieu nous fera la grâce de retourner ». Mme Daliès écrit à propos de Mme de Morin réfugiée en Hollande et qui est malade : « l'air natal serait tellement mieux pour elle ». Cette nostalgie est d'autant plus vive qu'elle est liée à un profond espoir de retour. Ces lettres témoignent également d'une solidarité profonde entre les émigrés, solidarité ayant une origine à la fois religieuse,  politique et sociale.

 

La situation religieuse

Dans le montalbanais, quarante ans d'obscurité presque complète suivent la Révocation de l'édit de Nantes. Les conversions forcées ont poussé les nouveaux convertis à une attitude, soit équivoque, soit clandestine, alors que les membres les plus actifs de la vie religieuse s'étaient expatriés. On peut affirmer la persistance d'un accord fondamental entre les nouveaux convertis et les émigrés sur le plan religieux. On voit Garrisson père donner des conseils religieux à son fils qui a choisi l'émigration. Nouveaux convertis et réfugiés vont se retrouver dans une aspiration commune : le rétablissement de la religion protestante. Pour les premiers, la situation religieuse présente n'était qu'une mauvaise période à passer alors que les seconds espèrent ardemment pouvoir rentrer bientôt. Jean Lacaux résume cet accord en écrivant à sa famille : « Dieu vous donne une heureuse et longue vie et nous fasse la grâce de nous réunir ensemble pour vivre le reste de nos jours en son amour et crainte à sa gloire et notre salut ».

Cette cause commune entre la pensée des réfugiés et celle des nouveaux convertis n'a trompé ni les ecclésiastiques catholiques ni les autorités civiles. Ainsi, l'intendant du Languedoc, écrivait quelques années après la Révocation qu'il restait à « attaquer les cœurs » et la consultation générale des évêques de France de 1690 apporta l'aveu que l'édit n'avait pas donné le résultat attendu. On n'a donc pas le moindre doute sur les sentiments profonds de Pierre Garrisson qui se trouve après la Révocation en possession de la charge de conseiller- secrétaire du roi à la cour des aides de Montauban, qu'a du abandonner son père en 1682 en raison de sa religion. Il dut même se plier à des manifestations extérieures de catholicité ce qui lui attirera les reproches du baron de Caussade qui lui dit : « vous savez que la messe est l'âme de la communion romaine et en ayant la connaissance que vous avez vous n'y pouvez assister sans vous perdre » en fait, Pierre Garrisson, comme la plupart des bourgeois restés à Montauban, était catholique pour la forme. En outre, si pour avoir un  état civil les nouveaux convertis se mariaient à l'église ils prenaient bien soin de se marier entre eux. C'est ce que fit Jacques, fils de Pierre Garrisson, lorsqu'il épousa Olympe Lavernhe.

C'est au moment de mourir que se va se poser un grave problème car c'est là que la coïncidence devait reprendre sa véritable place. L'évêque de Montauban écrivait en 1698 que les curés n'étaient jamais appelés au moment de la mort. On n'a malheureusement aucune confirmation à ce sujet mais le décès brutal des protestants, ne laissant pas le temps d’appeler un prêtre, ne trompait personne…

Même si on n’en a pas de preuve directe, il est probable qu'une forme de vie religieuse clandestine ait été organisée. On sait que la plupart des familles avaient conservé des livres religieux interdits, parfois en les recopiant. Sans doute aussi des réunions clandestines furent-elles organisées mais le plus souvent la pratique religieuse se bornait à un culte religieux personnel ou familial.

Le prosélytisme religieux de Samuel Daliès de la Tour était, lui, d'une toute autre nature. En 1701, il dédie aux demoiselles Garrisson une conférence sur l'eucharistie dans le but de les convaincre, et avec elles l'ensemble des nouveaux convertis. Ce frère du baron de Caussade était entré dans les ordres après sa conversion et, retiré à Montauban, il s'employait à convertir ses compatriotes. Cela prouve les relations qu'il avait gardées avec la société à laquelle il aurait dû ne plus appartenir. On sent en effet qu'il veille à rester dans le monde pour être un trait d'union entre eux et les anciens catholiques en jouant le rôle de protecteur influent. Mais quels que soient les efforts déployés à Montauban et quel que soit le zèle de ces convertis de fraîche date le résultat ne fut pas meilleur. Un prêtre, nommé Olivier, accuse d'hypocrisie Samuel Daliès, il assure qu'il n'y a pas de véritable conversion à Montauban et dénonce « nous savons de science certaine qu'on fait dans cette ville tous les exercices de la religion protestante, qu'on s'assemble secrètement, qu'on y donne la Cène et qu'enfin les maisons des particuliers sont devenues des temples ».

L'étau se relâchera en 1715 à la mort de Louis XIV après l'avènement du régent Philippe d'Orléans. Toutefois il faudra attendre la déclaration du 13 avril 1736 pour que les protestants obtiennent la permission d'être enterrés, sous certaines conditions, sans passer par l'église catholique. Ainsi, en 1739, la famille Bosquet est autorisée à porter en terre la femme de Jacques Bosquet, frère des émigrés, la nuit, sans aucune cérémonie, en présence de deux témoins.

 

La situation religieuse des réfugiés est elle, beaucoup plus confortable : dès leur arrivée en pays protestant, les émigrés faisaient réparation de l'abjuration faite en France par un acte religieux dans l'une des premières églises réformées rencontrées. Les registres du consistoire de Genève en font foi et Étienne Garrisson explique dans sa première lettre : « c'est pour le repos de ma conscience et pour ma consolation que je vous avoue être très grande depuis que Dieu m'a fait la grâce de réparer à la face de son église d'Erlang la faute malheureuse que j'avais faite d'assister quelquefois à la messe. Ces Messieurs eurent la bonté de nous y donner la communion ». Un ministre réfugié, Gaspard Baux, écrit que sur six cents pasteurs sortis de France trois cents se trouvent en Hollande et Henri de France en cite une dizaine originaires de Montauban. La Hollande apparaît en effet comme le centre de la liberté intellectuelle et religieuse au XVIIe siècle.

 

L'installation des émigrés à l'étranger

 Une fois retrouvée leur liberté religieuse, leur sort connut des fortunes diverses. Certains choisissent les solutions les plus aventureuses : en 1706 un membre de la famille Lavernhe qui faisait la guerre d'Espagne écrit à M. Pierre Garrisson que son sort est voué à la carrière des armes ou au départ pour les Indes . De même Alexandre Savoy, n'ayant pas de métier, songe aussi à aller aux Indes après son arrivée en Hollande. Car les Hollandais et surtout les Anglais proposaient des départs à ceux qui  voulaient tenter leur chance et on retrouve ainsi un certain Isaac Garrisson naturalisé à New York en 1705. On peut lire également dans une lettre d’Etienne Garrisson du 20 avril 1708 que Jacob Garrisson, son cousin qui était à Dublin, vient de partir pour la Nouvelle York ;  mais il est probable que cette solution fut surtout le propre des audacieux et « des fortes têtes ». En effet, la plupart des émigrés restèrent en Europe et se  dispersèrent dans les pays protestants en fonction des conditions d'accueil qu'on leur réservait.

L'électeur de Prusse, Frédéric-Guillaume, venait de manifester ses intentions de porter assistance aux protestants français qui viendraient vivre dans ses états par l'édit de Potsdam. C'est la raison d'État qui l'a poussé à agir ainsi. Il savait en effet que les réfugiés venus d'un pays tel que la France ne pourraient que contribuer à l'évolution du sien qui était encore au début de son développement et qui avait du retard par rapport à la Hollande. Il n'hésita donc pas à accorder des pensions en grand nombre.

L'aide aux réfugiés est parfois poussée très loin : ainsi, Étienne Garrisson, parle souvent dans ses lettres d'Allemagne de M. le juge Lugandi qui était le juge de ses compatriotes réfugiés. En effet, en vertu de l'article 10 de l'édit de Potsdam, chaque colonie avait son juge choisi parmi les réfugiés et indépendant des tribunaux allemands.

Nous n'avons pas de témoignages directs de marchands-facturiers ni d'artisans montalbanais installés en Prusse. On sait simplement qu'ils furent nombreux, attirés par les avantages offerts : les nouvelles manufactures recevaient aides et privilèges, les artisans et les ouvriers les plus pauvres bénéficiant en outre du niveau de vie relativement bas du pays d'accueil. Peigneurs de laine, « faiseurs de bas », cardeurs et teinturiers sont les métiers les plus fréquemment retrouvés.

Mais si l'Allemagne semble avoir été le lieu de prédilection  des travailleurs les plus modestes, d'autres pays et en particulier la Hollande sont plus riches en promesses de prospérité. Il est certain que le grand pays industriel et commerçant qu'était  la Hollande au XVIIe siècle était le meilleur choix pour ceux qui avaient les moyens de choisir et en particulier les commerçants. Étienne Garrisson semble bien le prototype du réfugié dont le commerce prospère dans les vins et les primeurs ainsi que dans le transport maritime. Mais on connaît d'autres montalbanais qui ont connu le succès dans cette voie : messieurs Ferrières et Rigail tenaient aussi une importante maison de commerce à Amsterdam comme le confirment les lettres de M. de Viçouse (De Viçose) qui écrit également : « il y a ici un des Messieurs Palairet, gros marchand de vin, qui sait bien ses affaires ». Dans la même lettre il parle de M. Cassignol "establi à Rotterdam » qui doit lui fournir des fruits, ainsi que de Mme Chalier également de Montauban et ce ne sont là que quelques exemples.

Si les circonstances religieuses ont poussé la plupart des partenaires à choisir la Hollande c'est aussi parce que ce pays leur offrait des avantages sociaux. Étienne Garrisson dans une lettre de 1697 nous parle d'un montalbanais, Mr. Senil, et nous dit : « il est un des ministres pensionnaires, sa pension est assez considérable ». Gaspard Baux, lui-même pasteur réfugié, et qui devint le beau-père d'Alexandre Savoy, écrit que, sur six cents pasteurs partis de France, trois cents sont en Hollande pourvus de pensions et "qu'ils y sont plus heureux qu'en France". Hélas ce ne fut pas le cas de tous et certains trouveront  la misère.

Au fil des années, les relations  entre les montalbanais et les réfugiés sont fondées avant tout sur leur appartenance à un même groupe social tirant fort honorablement son épingle du jeu car bénéficiant de leur situation « à cheval sur les frontières ». Ainsi le vrai refuge religieux fit progressivement place à des départs à l'étranger pour raisons économiques comme cela s'était d'ailleurs vu dans le passé,  ouvrant ainsi des débouchés aux produits montalbanais.

 

Les rapports matériels entre néo-convertis et émigrés

 Qu'ils soient sous le régime de la saisie, des procédures, ou qu'ils leur reviennent naturellement, dans tous les cas de figures les biens des fugitifs restaient aux nouveaux convertis. Il n'est donc pas étonnant que ces derniers aient été appelés à rendre des comptes aux émigrés dont nous avons vu les difficultés à leur arrivée au Refuge. De la part des réfugiés les sollicitations sont nombreuses pour demander qu'on leur fournisse les moyens de récupérer tout ou partie de leurs biens. Mais il existe à cela un obstacle majeur : l'interdiction faite aux nouveaux convertis d'aliéner les biens ayant appartenu aux réfugiés. En effet l'édit de 1689 l'interdit pour cinq ans dans la prévision d'un possible retour. Mais, après la consultation de 1698 où l'évêque de Montauban fait ressortir les dangers de remettre les biens des émigrés à leurs proches parents, la déclaration du  29 décembre 1690 fait défense d'envoyer de l'argent aux fugitifs sous peine d'être privé de la jouissance des biens. Cette interdiction de disposer ou de vendre les biens sans permission sera prolongée de trois ans en trois ans à partir de 1699. Toutefois il était relativement facile de transmettre de l'argent liquide personnel voire le produit des revenus des biens temporairement confiés.

Un arrangement familial était le plus souvent trouvé mais ce n'était pas toujours aussi simple. La famille Daliès nous en fournit un exemple : Mme Daliès, volontairement demeurée en France fournissait des secours à la partie émigrée grâce à la pension qu'elle touchait sur les biens de son mari. Décédée en 1702, Jean Daliès, seul fils de la famille vivant en France, eut l'entière jouissance des biens du baron de Caussade. La correspondance nous révèle qu’il s'était engagé à envoyer annuellement à son père la somme de 5500 livres. Or dans une lettre, celui-ci se plaindra amèrement de  recevoir des secours loin d'atteindre ce montant.

Pour plus de garantie, certains émigrés, avant de quitter le pays, font donation de leurs biens ou bien donnent procuration aux nouveaux convertis avec un double espoir : soustraire leur fortune à la saisie et aux chicanes  judiciaires des familles et la laisser en de bonnes mains capables d'en assurer la récupération ultérieure. Mais à côté des contrats officiels existent le plus souvent des accords tacites. Malheureusement ils n'apportaient pas toujours le résultat escompté comme en témoigne la lettre que Jean-Baptiste Bosquet adresse de Pologne à sa mère : « vous savez qu'il y a bientôt 7 ans que je suis sorti … Mon frère en partant me fit bien promesse qu'il m'envoyerait  tous les ans mes intérêts et qu'il m'aideroit partout où il pourroit, ce qu'il n'a pas fait ». Toutefois ce que l'on constate le plus souvent  dans des familles ce sont des fils partis sans rien emporter et qui sont régulièrement secourus. Ainsi, ce n'est pas au hasard qu'Étienne Garrisson doit d'avoir pu s'installer en Hollande et lancer un commerce qui lui assurera ensuite une vie confortable. On voit dès ses premières lettres d'Allemagne que son père l'a aidé à vivre. En contrepartie le fils rend compte au père d'une façon régulière de ses dépenses et de ses économies comme s'il vivait à Montauban sous son autorité. Par exemple il écrit : « vous avez bien voulu, Monsieur, nous continuer votre bonté, ayant ramassé se peu avec le plus de soin qui m'a été possible et que je garde pour une dernière nécessité ». Quant à Jean Lacaux, on le voit  solliciter son père pour rembourser une dette contractée auprès de son capitaine : «accordez moi ce que je vous demande pour  me tirer d'ici car quand resterai encore dans sa compagnie dix ans, je ne saurais réserver cet argent sur ma paye ». Mais il ne résoudra ses problèmes financiers qu'au prix d'un nouvel engagement dans la guerre de succession d'Espagne.

Le problème se complique pour les réfugiés lorsque survient la mort de leurs parents demeurés à Montauban et que se pose le problème de l'héritage. Dans certaines familles, la tentation est grande de la part de ceux qui sont restés de conserver indûment les biens des réfugiés- héritiers. La tentation est d'autant plus grande que la situation est juridiquement compliquée : en effet les testateurs devaient se soumettre à une formule obligatoire disant que les parents ne pouvaient déléguer leurs billets à leurs fils émigrés que si ceux-ci rentraient en France dans la condition de nouveaux convertis. En pratique le sort de l'héritage des réfugiés dépendait souvent du bon vouloir des nouveaux catholiques et il semble que dans ces circonstances les réfugiés rencontrèrent bien des déboires. «  Les absents ont toujours tort, on néglige leurs droits » déplorait Pierre Garrisson Jean Lacombe est dans une situation un peu analogue à la mort de son père en 1704. Nous le voyons réclamer à son frère sa part d'héritage : « Vous me marquez que vous ferez ce qu'il dépendrait de voir à mon égard pour que je reçoive quelque chose du bien que feu notre père avait laissé. Je comptais là-dessus et cependant on n'avait guère tenu votre promesse ». Dans d'autres lettres envoyées d'Irlande, on le voit demandant toujours son héritage et déplorer qu' à Montauban son frère et ses deux beaux-frères se déchargent les uns sur les autres de leur dette. Quoiqu'il en soit on peut affirmer que, d'une part, l'aide demandée par les émigrés à leurs parents nouveaux convertis est la règle et que d'autre part, l'importance et la régularité des envois furent déterminantes pour la réussite de leur nouvelle vie grâce à un véritable réseau rapidement créé par la société protestante qui montra toute sa capacité de réaction et d'organisation.

 

  Conclusion:

 La Révocation  a donc eu pour effet une séparation douloureuse entre les plus dynamiques, voire téméraires, qui choisirent l'exil et les autres, moins courageux ou qui avaient tout simplement davantage à perdre et qui restèrent en se convertissant, ou du moins en faisant semblant car la poursuite de la pratique d'un culte personnel et l'attachement aux traditions conservèrent chez ceux qui restèrent la conscience de leur qualité de protestant et donc de fortes valeurs communes avec les réfugiés.

Certains de ceux-là prendront ouvertement position contre le roi de France et s'engageront même dans les armées étrangères ce qui aura pour effet de rendre politiquement suspects les néo-convertis et consacrera une rupture durable avec la monarchie.

Parallèlement, et presque paradoxalement, les relations commerciales entre Montauban et les pays d'accueil des réfugiés prospèreront rapidement, assurant des débouchés nouveaux aux produits de notre région grâce au maintien de relations durables entre montalbanais nèo-convertis et réfugiés qui avaient un point commun extrêmement fort : la conviction d'appartenir au même groupe social renforcée par un sentiment légitime de persécution.

 


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